MICHAEL JACKSON 1958-2009


LE ROI EST MORT

VIVE LE ROI

La radio dit que Michael Jackson c’est fini, Michael est mort.

C’est comme si Peter Pan s’en allait, si Peter Pan s’en va, parce que Michael a dit « je suis Peter Pan » et qu’il avait même l’air indigné qu’on se pose la question, parce que c’était tellement évident, et Peter Pan ne meurt pas, c’est bien le principe, c’est le principal dans l’histoire, sauf qu’on ne croit plus à Peter, pas plus que le reste, juste les fans, les fans ils croient Michael, le fan croit à Peter-Michael parce qu’il se voit dedans, le fan se voit dans Peter comme dans Michael et Michael n’est rien d’autre qu’un déguisement, n’est rien d’autre que celui qui se travesti pour que les fans y croient, alors Michael est Peter et ça lui va bien, ça lui va bien ce rôle qu’on ne peut pas jouer nous parce qu’il nous manque les couilles de le faire, parce que ce serait trop dangereux de vivre ça a fond, parce que dedans t’es tout seul. T’es tout seul avec ton Peter. Comme Michael tout seul dans Neverland.

Et si Michael n’avait pas dit « je suis Peter Pan » les médias l’auraient dit pour lui, s’il ne l’avait pas dit. Peter Pan, les médias lui aurait dit, ou pas à lui mais au monde entier.

Michael écoute son monstre.

Le Neverland de chacun, et chacun son gamin qui va mal et qui gigote, le gamin gigotait dans Michael et ce n’est pas pour ça qu’il est mort, on ne meurt pas du gosse en soi, on meurt des gens autour, on meurt de maladie, on meurt de tout mais l’enfant n’était pas content, ou alors si, c’était peut-être la seule chose qui respirait encore dans Michael mais Papa n’arrêtait pas, Papa n’a jamais arrêté.

« Son génie touche à l’universel »

ELLE.

On ne pourra pas dire qu’il n’était pas dans son show, il a fait le show pour nous, pour qu’on puisse crier, mais on criait pas lui, c’était pas lui, c’était nous dans les cris c’était les cris de nous dans les oreilles de Michael, ça ressemblait à de la folie, une grande folie qui faisait chialer ses fans et aujourd’hui la grande folie pleure, la grande folie est en deuil parce que ce qui est sûr c’est qu’au delà du show Michael était en vie et c’était ça que les fans criait, d’être vivants autant que leur star, autant qu’elle pouvait l’être aussi. Notre folie était toute petite dans le grand show, c’est le grand show de la folie pure qui faisait hurler fort, parce qu’il fallait que ça sorte de leurs bouches, il fallait que ça sorte de tous ceux qui avaient mal au show.

TOUT EST POP DANS LA MORT.

MOON WALK

JUST FOR POP

AND PETER.

(…)

She's says that's ok

Hey baby do what you want

I'll be your night lovin' thing

I'll be the freak you can taunt

And I don't care what you say

I want to go too far

I'll be your everything

If you make me a star

Dirty Diana, nah

Dirty Diana, nah

Dirty Diana, no

Dirty Diana...

Dirty Diana, nah

Dirty Diana, nah

Dirty Diana, nah

Dirty Diana, no

Dirty Diana...

Diana!

Diana!

Dirty Diana!

It's Dia...aa...aa...ana!

She said I have to go home

'Cause I'm real tired you see

But I hate sleppin' alone

Why don't you come with me

I said my baby's at home

She's problably worried tonight

I didn't call on the phone to

Say that I'm alright

(…)

Michael savait qu’il était condamné, bien sur qu’il savait, c’était la fin depuis un moment déjà, c’était fini avant la mort, on écrivait pas la légende, on disait juste la déchéance, on disait juste comment l’enfant prodige se transformait, combien d’enfants avaient pu dormir avec lui, c’était cela qu’on disait, c’était comme ça qu’on condamnait Michael mais on ne parlait pas de sa musique, on ne disait pas combien de fois on avait dansé et comment on dansait encore. Non personne ne disait cela.

DAD WAS SO HARD.

« …I hate sleppin’ alone

Why don’t you come with me… »

Qui dit qu’à l’intérieur de nous chacun n’a pas son Neverland, qui dit qu’à l’intérieur de nous ce n’est pas Neverland, le Neverland miniature de Michael, le neverland du commun des mortels, et qu’on le dit pas, qu’on ne dira pas qu’à l’intérieur de nous, c’est le show aussi, c’est le show miniature mais le show quand même.

Nous qui disons qu’on ne savait plus si Michael était encore humain, parce qu’il n’y arrivait pas Michael à ressembler à son idéal mais personne ne savait ce que c’était l’idéal d’un roi de la pop, personne ne saura ce qu’il y avait dans sa tête quand sur son visage on pouvait tout lire, on lisait tout le désarroi, on savait bien qu’il n’y arrivait pas Michael, et les journaux disaient quel être asexué c’était, et on s’attardait encore sur son visage, son corps trop maigre, mais Michael était en forme disait-on aussi, ah oui Michael était tellement en forme, tournée pour renflouer les caisses,

the show must go on, et le roi meurt.

Michael écoute son monstre et le monstre grossit, ça prends de la place, ça prends toute la place dans son corps et ça ressort, le monstre sort et Michael est Black or White, moins black que white, plus white que white, le monstre n’a pas de couleur, il gonfle juste et ça étouffe là dedans. Ca étouffe dans Michael.

PAPA A DEFIGURE BAMBI,

C’EST PRODIGIEUX UN PERE.

Et si Michael était toujours à Neverland, jouant son rôle de Peter, si Michael n’avait jamais quitté Neverland, de l’avoir trop voulu son paradis d’enfant, son « je ne grandirais pas », si Michael n’était jamais parti ?

Sur Youtube on voit Michael ou son fantôme, et les gens disent que c’est son fantôme, c’est le fantôme de Michael, qui n’est pas parti, qui est resté parce qu’il ne voulait pas partir, c’est là que Michael voulait être de son vivant et c’est là-bas qu’il voudrait rester, c’est ce qui se dit dans les commentaires Youtube et les gens ne s’arrêtent pas d’y croire à la non-mort de Michael, si la pop ne meurt pas, le roi de la pop ne peut pas mourir et on ne laisse pas des fans de Michael, on ne laisse pas tout ces gens, tout ces évanouis d’hystérie pleine de larmes, on ne laisse pas les évanouis de Michael croire que le roi de la pop est mort, et la vidéo tourne sur Youtube, la vidéo tourne et le temps s’est arrêté depuis que Michael est mort dans la tête des fans ça ne tourne plus rond, ça ne tourne plus sans le roi de la pop et ses clips tournent en boucle et la radio diffuse Dirty Diana et même que les gens ont les paroles en bouche, les paroles de Dirty Diana sont dans la bouche des gens et ça remue leurs lèvres, ça remue leurs grandes bouches qui n’avaient plus rien à dire, ça les fait baragouiner de nouveau, ça les fait se sentir un peu mieux ce baragouinage d’anglais auquel il ne comprennent et ne comprendront jamais rien.

Sauf que Michael est mort et que la petite Paris est triste parce le roi de la pop était « le meilleur père ».

Alors les fans se réunissent, ils mettent des pancartes, des bougies et ils pleurent ensemble et on les voit à la télé, dans la télé on voit leur bougies et on voit comme ils pleurent fort tous ensemble, et on voit comme c’est triste on comme c’est tristement présenté et le monde s’émeut parce qu’il vient de perdre sa jeunesse, cette même jeunesse à laquelle Michael ne voulait pas renoncer, la même que celle que nous avons perdue dans sa mort.

LA MORT DE MICHAEL A TUE NOTRE JEUNESSE.

On ne s’attarde pas sur les circonstances de la mort, parce que quoi qu’on en dise, un roi de la pop ça ne meurt pas comme ça, ce n’est pas comme ça qu’on s’en va quand on est roi.

Papa Jackson n’aura pas un kopeck de la fortune de Michael.

Papa Jackson a été méchant mais ça ne l’empêche pas de rire, ça ne l’empêche pas de se marrer haut et fort avec son bide bedonnant, ça ne l’empêche pas de faire rire sa grosse bedaine au devant des journalistes, ça n’empêche rien chez lui, on n’empêche pas un père.

On ne se lasse pas des fans hystériques, on ne lasse pas les fans, on hystérise.